Accompagner l’allaitement
Hydratation, détente, plantes : une approche globale de la lactation
Accompagner l’allaitement : comprendre, soutenir et rassurer les mères
L’allaitement est souvent idéalisé, mais sa mise en place peut être source de doutes, de fatigue et de pression pour les mères. Ketsia Vigne, sage-femme en maternité depuis 10 ans, en salle de naissance et en suites de couches, nous éclaire sur les étapes clés de la lactation, les difficultés les plus fréquentes et les leviers concrets pour soutenir les femmes dans un allaitement serein.
Dès la grossesse, un certain nombre de mécanismes hormonaux se mettent en place dans le corps de la femme pour préparer la glande mammaire à la lactation. La sécrétion de lait se fait principalement sous l’influence de deux hormones : la prolactine, qui permet de fabriquer le lait, et l’ocytocine, qui permet de le faire sortir, ce que l’on appelle le réflexe d’éjection.
Après l’accouchement, le peau à peau et les premières tétées, réalisés de manière précoce et dans le respect de la mère et du bébé, jouent un rôle fondamental dans la mise en place de la lactation. Ils permettent une libération importante d’ocytocine et de prolactine chez la mère, contribuant ainsi à un démarrage efficace de l’allaitement.
Chaque allaitement possède un caractère unique, propre à chaque couple mère-enfant. La production de lait s’adapte en permanence aux besoins réels du bébé, selon une règle simple : plus le bébé tète, plus le sein produit du lait. Ce mécanisme est rendu possible sous l’influence de la prolactine, dont le taux augmente avec la stimulation nerveuse au niveau du mamelon déclenchée par la succion. D’autres facteurs, liés notamment à l’environnement et à l’hygiène de vie de la mère, peuvent également influencer la lactation.
Le lait maternel étant composé majoritairement d’eau, à près de 90 %, une bonne hydratation joue un rôle fondamental dans la lactation. Boire à sa soif permet à la mère de disposer d’un apport hydrique suffisant pour soutenir sa production de lait. Une alimentation variée et équilibrée contribue également à la qualité du lait maternel, en apportant vitamines, minéraux et oméga-3 essentiels à une nutrition optimale de l’enfant.
L’alimentation influence aussi l’équilibre hormonal. Des apports insuffisants peuvent entraîner une augmentation du cortisol maternel, l’hormone du stress, susceptible de bloquer l’action de la prolactine et de l’ocytocine, et ainsi de diminuer la production et la sécrétion de lait.
Le postpartum et la mise en place de l’allaitement sont des périodes riches en émotions, durant lesquelles la jeune mère peut se montrer plus sensible et vulnérable. La fatigue, le stress et la charge mentale peuvent alors représenter des freins à la lactation, en favorisant la sécrétion d’hormones de stress comme le cortisol et l’adrénaline, qui viennent contrecarrer les effets de la prolactine et de l’ocytocine.
Dans ce contexte particulièrement sensible qu’est le postpartum, souvent idéalisé par la société et l’entourage, les mères peuvent être confrontées à de nombreuses injonctions autour de l’allaitement, susceptibles d’affecter leur confiance en elles.
Traditionnellement, certaines plantes sont utilisées et reconnues pour leurs effets galactogènes, c’est-à-dire leur capacité à soutenir le mécanisme physiologique de la lactation. On peut notamment citer le fenugrec, qui agit en stimulant la production de prolactine chez la mère, mais aussi l’anis ou le carvi, qui favorisent la détente et augmentent ainsi la sécrétion naturelle d’ocytocine.
Bien qu’il n’existe pas de solution miracle, consommées en infusion ou en tisane, ces plantes peuvent apporter un soutien à la lactation lorsque celle-ci est déjà bien stimulée par la succion du bébé. Elles présentent également l’avantage d’encourager une hydratation régulière, indispensable à la production de lait. En favorisant à la fois l’hydratation, la détente et le soutien du mécanisme lacté, les tisanes accompagnent l’allaitement maternel, sans jamais remplacer la stimulation du sein.
Les hormones libérées en situation de stress ont un impact direct sur l’allaitement, car elles peuvent bloquer le réflexe d’éjection du lait, qui dépend de l’ocytocine, souvent appelée l’hormone de l’amour. Il est donc essentiel que la mère se sente en sécurité, détendue et confiante, comme dans un cocon avec son bébé, notamment à travers le peau à peau.
Un climat émotionnel sécure et serein, favorisé par un entourage et un partenaire rassurants, protecteurs et respectueux du couple mère-enfant, participe ainsi à la réussite de l’allaitement maternel.
L’accompagnement à l’allaitement occupe une place centrale dans le métier de sage-femme, puisque celle-ci représente une interlocutrice privilégiée pour les femmes pendant la grossesse et après la naissance. Pendant la grossesse, son rôle est d’informer la mère pour l’aider à faire un choix libre et éclairé. Après la naissance, elle aide au démarrage de l’allaitement par des conseils personnalisés pour la mise au sein, mais aussi par l’écoute, l’information et le soutien émotionnel.
La sage-femme joue également un rôle essentiel de prévention. Grâce à l’observation et à l’écoute active, elle peut repérer, prévenir et prendre en charge certaines complications telles que les douleurs, les crevasses ou l’engorgement. Lorsque les difficultés nécessitent un avis spécialisé ou une prise en charge spécifique, elle peut orienter la mère vers d’autres professionnels, comme un consultant en lactation IBCLC (International Board Certified Lactation Consultant, consultant en lactation certifié au niveau international) pour un accompagnement très spécialisé, ou un médecin (généraliste, pédiatre, gynécologue ou ORL) lorsque les mesures de première intention ne suffisent pas ou qu’une pathologie est suspectée.
En prodiguant des conseils adaptés à chaque dyade mère-enfant, la sage-femme assure un accompagnement personnalisé et sécurisant de l’allaitement, au service de la mère et de l’enfant.
Quels sont les bons gestes pour bien vivre son allaitement au quotidien ? Nos conseils ici !