Dr François Hibou :
« La rhinite allergique est une maladie de civilisation ».

La rhinite allergique touche environ un adulte sur trois en France. Le Dr François Hibou, médecin généraliste et responsable du centre de compétence médecine anthroposophique au sein du Groupe Weleda en Suisse, nous explique les mécanismes physiologiques qui mènent à son développement, et nous oriente sur les mesures préventives et les traitements possibles.

Comment peut-on expliquer que la prévalence de cette maladie ait tant augmenté dans la population générale ces dernières décennies ?

La rhinite allergique se répand depuis qu’elle a été observée au 19ème siècle en Angleterre. Depuis la seconde guerre mondiale, sa prévalence double tous les dix ans dans les pays industriellement développés, car elle est liée au mode de vie. Actuellement, plus de 30% de la population est allergique, au niveau alimentaire, cutané ou respiratoire. On peut vraiment parler de « maladie de civilisation ».

Si la pollution joue un rôle dans le développement de la rhinite allergique, ses causes sont multifactorielles. On note parmi les facteurs les plus fréquents : les polluants atmosphériques  soufrés ou particules fines (diesel), le tabagisme passif, l’absence d’allaitement maternel, une alimentation pauvre en oméga-3. Le stress est un facteur important mais peut-être encore plus une enfance loin de la campagne, sans contact avec les animaux de ferme.

 

Comment est établi le diagnostic de la rhinite allergique ?

Le diagnostic est avant tout clinique, basé sur les symptômes. Chez le petit enfant, on ne peut pas vraiment parler de rhinite allergique, mais de terrain atopique ou allergique, qui en raison de la forte réactivité de l’organisme, se manifeste par de l’eczéma, des infections à répétition, de l’asthme sous forme de bronchites dites asthmatiformes.

La rhinite allergique proprement dite se met en place en général plus tardivement, alors que le terrain atopique initial plus ou moins prononcé a souvent disparu pendant plusieurs années.

Quelles sont vos recommandations pour prévenir la rhinite allergique ?

La prévention devrait se faire dès l’enfance. En adoptant un mode de vie naturel, avec un bon apport en oméga-3 et des aliments de bonne qualité, on peut améliorer le terrain. Pour bien accompagner le métabolisme, on peut envisager un traitement homéopathique ou anthroposophique.

Si l’on est déjà atteint de rhinite allergique, il est également utile de ne pas manger trop lourd, et d’effectuer des drainages digestifs grâce aux médecines d’origine naturelle. Une attention particulière sera portée aux allergies croisées au niveau individuel, les allergies digestives étant souvent associées aux allergies respiratoires (par exemple pomme et pollen de bouleau).

 

Que penser de la « désensibilisation spécifique » à cette maladie ?

La rhinite allergique ne présentant pas un risque vital, il est utile de peser le pour et le contre avant de se lancer dans un traitement de longue haleine, coûteux et à l’efficacité limitée.

La voie sublinguale, utilisée de façon privilégiée pour les allergènes respiratoires, présente une efficacité de l’ordre de 30%, selon les études, si le traitement est suivi pendant 3 à 5 ans, avec de fortes doses d’allergènes à ingérer. On peut l’envisager si les symptômes ne sont pas contrôlés par les traitements et retentissent sur la vie de tous les jours.

 

Que nous apprend l’approche de la médecine anthroposophique dans la compréhension du phénomène allergique ?

Dans notre corps, on peut opposer deux modes de fonctionnement : le mode informatif, neuro-sensoriel (tête et organes des sens), et le mode réactionnel productif, métabolique (mouvement, chaleur, bas du corps). L’interaction entre les deux et la régulation de l’ensemble est assurée par les fonctions rythmiques de l’organisme (rythme veille-sommeil, rythme respiratoire, circulation…)

L’inflammation allergique est « plus sophistiquée » que l’inflammation infectieuse. Dans le cas d’une infection bactérienne, l’immunité innée réagit immédiatement sur le mode métabolique, notamment avec de la fièvre, éventuellement du pus. A l’inverse, la réaction allergique nécessite un phénomène préalable d’information important allant jusqu’à la production d’anticorps très spécifiques. On peut dire que la rhinite allergique est une manifestation « sur-informée » de l’organisme, « refroidie » (absence de fièvre), indiquant un excès d’activité du système neurosensoriel, ce qui correspond bien à notre civilisation.

La rhinite allergique saisonnière survient au moment où la nature est en pleine explosion, et où l’être humain est physiologiquement plus tourné vers l’extérieur avec son système neurosensoriel. Dans sa réaction il imite en quelque sorte la nature dans sa dynamique centrifuge.

La médecine anthroposophique utilise depuis longtemps des produits à base de citron et de coing dans les allergies. En traitement de fond et pour atténuer les symptômes de la rhinite allergique, en quoi cette association est-elle particulièrement intéressante ?

Au printemps, nous imitons la nature dans sa dynamique explosive. Pour traiter les symptômes, il est alors logique de chercher des traitements thérapeutiques au sein de plantes qui concentrent leur substance vers l’intérieur, au lieu d’exploser.
Le citron est un fruit intéressant car son écorce intérieure, sorte de mousse blanche isolante, coupe la dynamique interne du citron de l’environnement extérieur. Ce fruit qui mûrit en hiver, a tendance à s’isoler des forces explosives de la nature au printemps. Des études cliniques et en laboratoire ont montré les vertus anti-inflammatoires et antiallergiques du citron et de ses composants, notamment au niveau de certains de ses flavonoïdes.
Le coing a fait l’objet d’un peu moins de recherches, mais les études sur son action vont dans le même sens que pour le citron. Dans sa dynamique générale, le coing se durcit à l’intérieur en immobilisant les liquides, ce qui fait l’impression de sécheresse et d’astringence très forte. Cela est lié à la présence de pectine qui condense l’eau de ce fruit.
Le concept anthroposophique de l’association de ces deux fruits, est de combiner le citron centripète, avec le coing qui immobilise les liquides qui s’épanchent.

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